28 octobre
La nuit dans le train se passe bien, si ce n’est que j’ai un peu froid sans couverture… Vers 7h, on arrive à la gare « Varanasi City », juste avant « Varanasi Junction » où l’on descendra… mais pas de si tôt. Le train marque une pause, qui se transforme en attente, jusqu’à ce qu’il daigne repartir. Pour s’arrêter quelques dizaines de mètres plus loin. On est à cinq minutes à peine de Varanasi Junction. Notre train n’y arrivera qu’à 10h ! Ce qui l’a retenu durant trois heures si proche du but, on ne le saura jamais…
Nos affaires étant prêtes depuis un moment, on descend de nos couchettes et transporte nos sacs sur le quai. Au moment de passer le mien sur mon dos, c’est-à-dire à peine une petite minute après être sorti du compartiment, je me rends compte que j’ai oublié ma sacoche attachée au lit. Avec trois nœuds. Je remonte la chercher. Elle n’est pas là. Je n’en crois littéralement pas mes yeux. J’ai le même sentiment que si je venais d’observer quelqu’un placer une pièce dans son poing fermé pour le rouvrir, vide. C’est physiquement impossible, elle devrait être là. Et personne ne la fera apparaître par magie dans mon oreille, cette fois !
Je fouille tout le wagon et celui attenant. Je sors sur le quai, en proie à un certain désespoir. Je cherche des yeux le gamin qui trainait dans le couloir quand on est sorti. Est-il possible qu’en si peu de temps, il ait vu ma sacoche, pourtant discrète, dans le coin le plus éloigné de l’entrée du compartiment, qu’il ait grimpé sur la couchette et défait les trois nœuds puis soit ressorti sans que je ne l’aperçoive en remontant moi-même dans le wagon ?! Ca me paraît impossible, et pourtant les faits sont là. J’ai perdu mon passeport, mon permis de conduire, ma carte bancaire, peu d’argent, un vieux téléphone avec la carte SIM de mon abonnement français, des tickets « souvenirs » et quelques objets que j’affectionnais. Et mon appareil photo hier. Ca fait un peu trop d’un coup, mais je parviens à conserver un minimum de sang-froid. Heureusement, je pense, que Guillaume est là. J’aurais sans doute craqué immédiatement sans sa présence. On regarde le Lonely Planet pour trouver l’autorité à laquelle se référer. Il n’y a ni consulat, ni ambassade, mais un poste de police touristique qui se trouve être à Varanasi Junction. On va les voir, et en chemin je relâche un peu de pression sur les conducteurs de rickshaws et taxis qui nous tournent autour. L’un des officiers me dit de faire le nécessaire pour invalider ma carte bancaire puis de le rejoindre pour aller faire une déposition. Grâce aux quelques numéros que je connais par cœur (mon carnet d’adresses était dans ma sacoche), j’arrive à joindre mes parents partis en vacances, qui feront ce qu’il faut étant donné qu’il est 5h en France.
On se rend ensuite au poste de police local avec un officier de la police touristique comme intermédiaire. On rédige ma déposition, et voilà. Je me rends compte après coup que j’ai oublié mon permis et mon téléphone dans la déclaration. Ca attendra la France…
On prend un rickshaw pour la ville, pour trouver une chambre à la Yogi Lodge, qu’Hélène m’a recommandée. Le fait que je n’ai plus de passeport complique un peu les choses, mais trop. On termine la journée tranquillement, en déjeunant d’abord, puis j’emmène Guillaume au Raga Café. Je retrouve mon moral et même de la bonne humeur au fil des heures. Mais on ne fera rien de bien spécial, je préfère laisser la journée couler doucement, et Guillaume le comprend. On ne manque tout de même pas de faire un petit tour au bord du Gange, juste derrière le Raga Café.
Tout se passe tellement simplement et agréablement que j’en oublie d’appeler l’ambassade. J’ai réussi à relativiser la gravité de l’évènement, qui n’est pas un drame en soit, et je me trouve en quelque sorte distant de tout ce qui s’est passé ce matin. Tout en étant conscient qu’il va falloir agir en conséquence, bien sûr.
Mais pour moi, le voyage est comme terminé. Je suis content d’être de retour à Varanasi, d’autant plus que Guillaume apprécie également toutes les petites rues qui m’avaient tant plu. Je suis content d’être ici, donc, mais je ne voyage plus vraiment. Je montre à Guillaume les coins que je connais, j’en découvre même quelques-uns, mais mon esprit est au retour. Mon sentiment est sans doute renforcé par le retour imminent de Guillaume, qui rentre une semaine avant moi, c’est-à-dire dans trois jours.
Bref, l’essentiel c’est que malgré tout, on passe du bon temps, et je me couche avec une liste de ce que je devrais faire pour remettre les choses en ordre et rentrer en France dans les règles. C’est purement logistique, je ne laisserai pas l’évènement entacher le reste de mon voyage.
