Deuxième jour à Kolkata
photo caption la poste principale au bbd bagh

Deuxième jour à Kolkata

30 septembre

J’ai eu beaucoup de mal à m’endormir hier… le lit est dur, “l’oreiller” tout autant, et le ventilateur fait un bruit d’enfer. Ce n’est pas tant le niveau du bruit mais son irrégularité qui est gênante. En le regardant tourner, suspendu comme il est au plafond, je me demande quand il va tomber !
Au final, je n’ai pas passé une si mauvaise nuit ! Je me suis réveillé assez tôt avec les bruits de la rue, la fenêtre se résumant à un trou dans le mur doté d’une grille et d’un volet. Je reste couché jusqu’à 9h ou 10h, se lever tôt ici n’ayant que peu d’intérêt : il ne fait pas trop chaud, et aucun point de vue particulier dans les environs ne rendrait le lever du soleil profitable.
Après un petit tour sur internet, je me rends au Blue Sky Café que, comme beaucoup de touristes ici, j’ai élu comme point de chute pour mes repas et rafraichissements. Il a l’avantage d’être confortable, bon marché et aux pieds de ma guesthouse.
Je m’y installe vers 12h… pour en ressortir vers 16h ! CA n’était pas tout à fait mon intention première, mais mon Lonely Planet français a attiré l’attention de Jean-Jacques, voyageur de 61 ans qui parcourt l’Asie depuis maintenant 12 ans. Il a donc un nombre incroyable de choses à raconter, mais aussi de conseils à donner, appuyés d’anecdotes diverses sur des voyageurs et voyageuses qu’il a rencontrés.

Pendant 12 ans, il a passé nombre d’années à enseigner l’Anglais gratuitement, dans des écoles et lycées de Thaïlande et d’Indonésie. Il m’a raconté la grande réserve des jeunes Thaï à aborder des sujets sérieux (SIDA, politique, …), en contraste avec, au contraire, la grande ouverture et la volonté d’en savoir plus de ces sujets de la part des jeunes indonésiens.
Il m’a parlé de tous ces touristes un peu cliché, la clope au bec et la bière à la main, déjà blasé à 25 ans de leur France qui tourne si mal et qu’ils rejettent… De ceux qui se trouvent de charmantes et jeunes Thaïlandaises à rameener à leur guesthouse et de ceux, nombreux, qui finissent en prison pour des affaires de drogue.
Il m’a raconté aussi, ces femmes Thaï qui se regroupent et finissent par vivre entre elles, lasses de leurs maris partis voir ailleurs trop régulièrement. De ces maris, morts du SIDA pour avoir trop fréquenté les bordels, laissant derrière eux une femme à qui ils le transmettent, et leurs enfants.
Il m’a également évoqué son passage dans un village au Sud de Pondichéry, tout juste après le tsunami de 2004…

Beaucoup, beaucoup de choses qui ma foi valaient la peine d’être entendues. Il me dit qu’avec mon diplôme, je pourrais avoir le même genre d’aventure tout en rendant un fier service à ces pays d’Asie du Sud-Est, en recherche de connaissances techniques. A la condition toutefois, et c’est selon lui absolument nécessaire, d’être totalement autonome financièrement.
Pourquoi pas, me dis-je, mais jamais 12 ans seul comme il me semble l’être ! Il rencontre et connaît des gens, bien sûr, mais c’est une vie qui me semble trop nomade pour moi !

Vers 16h, on est mis dehors gentiment, et il s’en va presque aussi subitement qu’il est arrivé, sur un simple “Allez, je te laisse !”.
Je me mets donc en marche pour une petite balade, avec pour idée de visiter le Maidan dans un premier temps. C’est un grand parc qui était à l’origine un village, rasé pour laisser libre champ aux canons d’un fort construit non loin. Il faudra que j’y retourne car je pense n’en avoir vu qu’une infime partie, un peu dérouté par son découpage. Là où je m’attendais à trouver des allées, se sont en fait de larges rues qui le séparent en multiples parties indépendantes, encadrées d’un trafic dense.
Je m’aventure quand même dans une de ces parcelles. Elle n’est pas bien large, je peux apercevoir les voitures des deux côtés. Mais pourtant l’endroit est calme et reposant, et donne l’impression d’être bien loin de la ville. La nature semble y avoir été laissée plus ou moins à elle-même, et avec l’humidité ambiante et une pluie récente, je me sens comme dans une petite jungle, entouré de dizaines d’oiseaux dans des chemins à peine tracés.

Mais je reviens vite à la civilisation. Je longe cette partie du parc jusqu’à un énorme carrefour, où j’ai un peu de mal à me repérer. Heureusement, ici, la plupart des noms des rues principales sont indiqués. Je m’oriente donc et me dirige vers le BBD Bagh, un square qui porte le nom de trois indiens ayant tenté d’assassiner un lieutenant-gouverneur britannique en 1930. Pour y arriver, je passe par plusieurs rues sans doute moins habituées au tourisme. Je me crois un peu dans un vieux Paris sale et anarchique, mais c’est sans doute ce qui fait le charme de Kolkata à mes yeux : cette espèce d’empreinte d’un passé dans lequel je me retrouve vaguement, à laquelle s’est superposée l’Inde, ses traditions, ses magasins, ses habitants…
Dans une rue en particulier, je tombe sur de vieilles vitrines sorties d’un autre âge, qui montrent des machines industrielles à l’air tout aussi vieux, ou encore de vieilles machines à coudre… mais tout semble être réellement à vendre.
Dans la rue d’après, tout change. Les bâtiments conservent leur allure, mais ont été investis des classiques petites boutiques auxquelles je suis habitué. Je passe sous des bâches tendues au-dessus du trottoir, protégeant de la pluie les nombreux marchands qui ont installé là leurs bacs à friture. Sur le trottoir d’en face, beaucoup de fourgons de police sont garés, devant quelques bâtiments gouvernementaux. La sombre clarté du Soleil bientôt couché ajoute à l’ambiance.
C’est quand je pense m’être perdu qu’apparaît devant moi la blanche église Saint-Andrews, pointant sa flèche vers le ciel. Un goût d’occident qui détonne presque ici. Je suis donc arrivé au BBD Bagh. C’est très grand, en fait. La vue est en partie bouchée par des palissades masquant des travaux, mais en faisant le tout je découvre quand même l’immense bassin qui fournissait autrefois la ville en eau. Je suis du côté Est. En face, de l’autre côté de ce petit lac, se dessine la silhouette de la poste principale, large bâtiment surmonté d’un dôme qui, à cette heure, se découpe sur un ciel peuplé de nuages aux couleurs roses et orangées.

La nuit étant imminente, je commence à marcher vers la guesthouse. Je reconnais alors l’endroit, pour y être passé en taxi en venant de la gare. J’étais alors attiré par les panneaux de communication sur la sécurité routière, et par un autre en particulier qui invite à appeler la police si l’on rencontre “tout objet ou personne suspect”. Le texte trône sur un énorme “Bomb ?” des plus rassurants !
Le plan de cette partie de la ville se dessine plus précisément dans ma tête et je rentre sans encombre. Les odeurs émanant des restaurants et des vendeurs de fritures m’ayant mis l’eau à la bouche, je me pose au Blue Sky Café où je commande des frites (maison, excellentes !) et un oeuf sur le plat “two-side” avec un sweet lassi.

Comme il est à peine 18h30, je pars acheter de nouveaux carnets et rentre écrire un peu, puis ressors pour une petite mise à jour de mon blog. Je rentre ensuite dans ma chambre et me couche après une partie de Dungeon Keeper :)
Demain, je prévois d’aller sur la tombe de Mère Teresa et d’improviser le reste de ma journée.

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