Du thé, rien que du thé !

9 octobre

5h, le réveil sonne. Difficultés habituelles pour se réveiller, mais on arrive quand même à sortir vers 5h20. Il fait frais, sans faire trop froid… c’est agréable et ça réveille.
Aucun nuage ce matin pour boucher la vue. On arrive au bord du lac, et la configuration du lieu nous surprend : tout est beaucoup plus grand que ce qu’on avait imaginé ! Le lac est très allongé, et bordé d’une grande esplanade de notre côté. C’est là que l’on s’était assis hier. Mais le pont pourtant proche nous était resté invisible. Il permet de passer sur la berge d’en face, où un chemin longe le lac, au pied d’une colline boisée. On prend cette direction et monte sur une petite colline ui surplombe l’eau et où se trouvent des bâtiments abandonnés. De là-haut, on voit une majeure partie du lac avec la ville en toile de fond, au-dessus de laquelle on devine le Soleil qui commence son ascension derrière de gros nuages.
On continue notre route derrière cette colline, en commençant à s’éloigner du lac. On ne sait pas où l’on va, mais on aimerait bien trouver des plantations de thé. On prend donc quelques routes au hasard, passant devant des séries de maisonnettes très mignonnes. Toutes ou presque ont un petit jardin ou une cour close, où parfois se baladent quelques poules. C’est abondamment fleuri, et particulièrement propre. Rien à voir avec les villes que j’ai vues jusque là !

Au hasard d’une vue un peu plus dégagée, on remarque que les montagnes plus loin sur notre gauche ont l’airtrès vertes. Sans trop savoir où ça nous mènera, on emprunte donc une ruelle qui semble partir dans la bonne direction. La plupart des gens que l’on croise nous sourient et nous saluent. Une ou deux fois on nous demande où l’on va. Réponse : on ne sait pas ! On nous dit que la frontière népalaise n’est pas loin… peut-être pensent-ils que l’on veut la traverser. Un peu plus loin, on commence à apercevoir les montagnes visées, à travers la végétation. Elles sont bien plantées de théiers, et baignées de Soleil. On continue sur notre lancée. C’est un vrai plaisir de découvrir progessivement la nature qui s’offre à nous. Au fur et à mesure que l’on avance, notre vision se dégage des arbres et des habitations qui la bouchaient, pour nous laisser au détour d’un chemin, devant l’unique spectacle d’une mer verdoyante et ondulante. Le thé est partout, il recouvre la moindre parcelle de terre. Je ne voyais pas un théier comme ça : c’est un arbuste d’environ un mètre de haut, avec un unique tronc d’où démarre, à une cinquantaine de centimètres du sol, une multitude de branches qui lui donnent une forme large et aplatie au sommet. Ils ont tous la même taille, rien ne dépasse. D’un vert sombre à la base, les feuilles deviennent plus saturées, plus criardes au sommet. Presque jaunes. Ca donne un dégradé de couleurs qui, répété d’arbuste en arbuste à perte de vue, façonne les montagnes en d’innombrables collines aux flancs arrondis et aux couleurs douces, délicatement ombragées selon le Soleil et l’angle de vue. On se croirait dans un monde virtuel, le décor parfait d’un dessin animé.
En face de nous s’ouvre une large vallée où les nuages s’engouffrent en s’accrochant aux montagnes, comme si elles ne voulaient pas les quitter. A d’autres endroits, à l’ombre du Soleil encore bas, ils ont l’air liquides, comme s’ils coulaient le long des pentes, laissant apparaître çà et là les silhouettes d’arbres submergés. C’est féérique, on a du mal à y croire. Les appareils photos en prennent plein les objectifs, pendant que l’on ravit nos propres yeux. Puis on continue notre route, biendécidés à s’approcher encore. On croise des écoliers et écolières en uniforme, qui se rendent sans doute à Mirik pour leurs cours. La route est maintenant bordée de plantations, comme creusée dans la végétation. On voit quelques cueilleuses qui descendent les pentes, une panière dans le dos qu’elles portent grâce à un bandeau qu’elles passent à leur front, à la manière des Sherpas. Elles n’ont pas encore commencé à travailler.
Après quelques lacets, on s’engage sur un petit sentier, en plein milieu des théiers. Il semble mener à l’extrémité d’une colline. On y arrive rapidement. En contrebas, j’aperçois quantité de gens qui grimpent la pente abrupte. Je me demande comment ils peuvent évoluer et cueillir sur ce genre d’à-pic ! Une cueilleuse qui a pris le même chemin que nous s’arrête à notre hauteur, l’air d’attendre. Elle est bientôt rejointe par deux, puis trois, puis dix autres. Une autre femme arrive, sans équipement. Elle semble donner des ordres au autres, indiquant les zones de cueillettes de chacune. Sans doute la patronne. D’autres cueilleuses arrivent encore. On voulait se poser pour manger quelques biscuits devant le paysage, mais c’est raté. Les femmes nous observent, parlent entre elles et rigolent. On ne se sent pas à notre place… et aucune ne semble parler Anglais ou enjointe à le parler.
On s’en va donc, pour reprendre la route en sens inverse et rentrer, bien qu’on n’ait pas envie d’arriver trop vite à Mirik, car il n’est que 8h. On continu edonc sur la route plutôt que de reprendre le chemin par lequel on était arrivé. Elle retourne à Mirik, mais en faisant le tour de la montagne, ce qui nous permet de voir un peu plus de paysage. On arrive en ville par une autre extrémité du lac, vers 9h30. On retourne dans notre chambre pour se rafraichir et se reposer un peu jusqu’à l’heure du déjeuner.

Vers 15h, on se dirige vers les hauteurs de la ville, pour visiter le monastère boudhiste qui s’y trouve. Juste avant de rentrer dans son enceinte, une musique nous parvient. Pas vraiment du genre méditatif ou contemplatif. Plutôt du genre grondant, détonnant. Des dizaines de clochettes en font la trame, par-dessus laquelle surgissent des sons ressemblant à des trompes, ainsi que de graves et profonds roulement de tambours. On arrive devant les marches du monastère quand la musique s’arrête et qu’au moins une cinquantaine de moines sort de la vaste pièce principale, en courant à moitié. Les plus jeunes jouent entre eux, tous ont l’air joyeux. Ca ressemble à une récréation.
Après quelques échanges avec une française qui passe quelques mois par an ici, on visite la grande pièce d’où sont sortis les moines. Des rangées de banquettes la sillonnent. En face de chaque place se trouve un petit pupitre où sont posés des livres de mantras et parfois, au sol, on trouve quelques instruments. Tout au fond, dans la pénombre, siège une imposante statue de Boudha. Devant lui un grand vase contient des offrandes : principalement des paquets de biscuits comme ceux que l’on peut acheter dans tous les commerces du coin. Sur les murs qui entourent Boudha s’aligne une multitude de niches, dans lesquelles se trouvent d’autres statues de Boudha, plus petites. A gauche, un petit temple a reçu en offrande des bols de grans de riz, dans lesquels sont plantés des billets roulés en cornets.
Au moment où l’on ressort, un gong est sonné à maintes reprises, jusqu’à ce que tous les moines aient regagné leur place. Ils commencent alors à réciter tous ensemble, sans doute des mantras, puis redonnent de leur impressionnante musique. Certains nous observent, pendant que l’on regarde des peintures murales en train d’être refaites. L’une d’elles inclut des éléments de civilisation moderne comme des immeubles, des voitures, un policier… c’est surprenant, mais après tout ils vivent eux aussi dans ce monde ! Je suis épaté de la qualité des peintures, entièrement faites à la main. Le style est très simple, mais les couleurs sont appliquées avec beaucoup de talent. Tout est d’ailleurs très coloré partout. Les peintures qui recouvrent les murs d’un côté, mais aussi tout le bâtiment, à l’intérieur comme à l’extérieur, qui affiche une dominante rouge soulignée de doré.
Comme nous a dit le grand-père de notre hôtel, il n’y a pas énormément à voir, mais ça mérite d’être vu. C’est tout à fait vrai !

On rentre donc assez rapidement, pour terminer la journée à nous occuper à lire, écrire, etc. Avant de se coucher, on décide de rester une journée de plus à Mirik plutôt que de partir pour Darjeeling dès demain. Le coin nous plaît trop pour en partir si vite, on a envie d’y refaire une petite balade.

Laisser une réponse