27 octobre
Le réveil sonne à 5h… encore ! On doit être au bus vers 6h, donc on a un peu de temps. On se lève et se prépare doucement puis, après quelques difficultés à trouver quelqu’un pour payer la nuit, on prend un taxi vers la gare routière. Comme par hasard, il y en a un qui attendait juste à la sortie de la lodge. Il a dû savoir, d’une manière ou d’une autre, que des touristes auraient à partir à cette heure.
On prend notre petit déjeuner en attendant le bus, avec un thé noir aux épices (masala tea) et un genre de pain au chocolat encore tiède. On prend la route vers 6h30, une fois les sacs montés sur le toit. Le bus n’est pas très confortable et la place pour les jambes est réduite, mais il n’est pas bondé… on peut donc, au milieu du trajet, avoir chacun deux places pour être plus à l’aise. Au bout de quelques heures on fait une pause-déjeuner dans un restaurant qui semble ne servir que du Dal Bhat. Il est très bon mais un peu épicé, et ça manque de diversité côté légumes.
On repart après 15 ou 20 minutes, pour arriver à Bhairawa, à la frontière, vers 14h30. Deux rickshaws nous mènent au bureau d’immigration, où un petit détail m’inquiète un peu : notre visa était valide jusqu’à hier. De l’avis de Florence et Guillaume, ça ne servait à rien d’aller l’étendre pour une journée, et on tente donc le coup de passer comme ça. Deux officiers prennent nos passeports. Le premier, qui a celui de Guillaume, l’ouvre à la bonne page et colle l’attestation de sortie en regardant à peine. Il signe, c’est fait et irréversible. Le mien, par contre, suscite plus d’attention. L’officier repère que quelque chose cloche dans les dates et commence à discuter. Je ne sais pas ce qu’ils se disent mais l’autre n’a pas l’air plus alarmé que ça. L’officier me dit que la date est passée et que c’est 30 dollars par jour de plus sur le territoire. Je proteste en expliquant qu’on devait sortir hier et qu’on a eu un problème de bus. Il regarde le reste de mon passeport et j’en profite pour relever le fait que je suis déjà venu et que mon autre visa est tout à fait en règle… au cas où ça pourrait prouver ma bonne foi ! Il discute encore un peu puis, lentement, finit par coller l’étiquette et signer. Ouf ! On s’en sort avec un petit mensonge, mais payer 30 dollars pour à peine une journée quand le visa de 15 jours est à 25 dollars ne me semble pas très honnête non plus (légal ou non)… L’indifférence de l’autre officier a sans doute joué aussi.
Bref, après deux minutes de marche nous voici donc de nouveau en Inde, dans la ville-frontière de Sonauli. Honnêtement, ni Guillaume ni moi n’avons envie de revenir en Inde, après ce séjour au Népal… les deux pays n’ont vraiment rien à voir. Au Népal les gens sont souriants, aimables, pas commerçants à l’extrême, et parfois même très serviables. En Inde, on se sent bien plus oppressé. Le trafic est bien plus chaotique aussi, et bruyant. On remarque presque la différence en passant la frontière. Au fond, et on s’est fait la remarque plusieurs fois avec Guillaume, le Népal, bien que plus pauvre, semble sur une bien meilleure voie que l’Inde… c’est sans doute faux économiquement, mais socialement ça pourrait se vérifier !
Enfin, on n’a pas vraiment le choix de toute façon, et nous voici donc à remplir les papiers d’entrée sur le territoire indien. On change nos roupies népalaises pour des indiennes à un taux tout à fait inintéressant et le douanier nous indique qu’on a tout intérêt à prendre une jeep pour Gorakhpur puis un train pour Varanasi plutôt qu’un bus direct depuis Sonauli, où les « mafias locales » font payer le trajet un peu cher. On trouve donc une jeep dans laquelle on se tasse, les sacs à nouveau stockés sur le toit comme le veut la coutume. Le voyage n’a aucun intérêt. On fait la connaissance d’un couple israélien qui nous dit qu’il y a un train ce soir de Gorakhpur pour Varanasi, à 23h. Arrivant à 18h à la gare, ça nous laisse 5h pour trouver des billets.
Gorakhpur est moche, bondée, sale, bruyante et infestée de moustiques. En toute objectivité, vraiment. On n’a vraiment pas envie d’y passer la nuit et on se dirige donc directement vers un guichet, au hasard. Des indiens nous passent devant, pensant sans doute qu’ils ont un droit de passage inhérent à leur nationalité… Une fois qu’on a compris leur manège (arriver sur le côté de la file, passer un bras et forcer le passage l’air de rien), on fait blocus avec Guillaume. Le guichetier nous dit qu’il ne peut rien nous vendre et qu’il faut aller au guichet n°811. A ce nouveau guichet, l’employé cherche le train qu’on lui demande puis regarde sa montre. Désolé, mais à ce guichet on ne peut réserver que deux heures avant le départ du train ! Il faut aller au « Reservation Center », à droite en sortant de la gare, à 200 mètres, avant la station essence… qu’est-ce que c’est que cette organisation ?!
On se rend donc au centre de réservation, excentré d’un peu moins de 800 mètres de toute activité (si l’on oublie la station essence). On y trouve un nouveau guichet n°811 ou une dame essaie de comprendre ce qu’on veut. Ou alors c’est nous qui ne comprenons pas ce qu’elle nous dit. Elle finit par abandonner et retourne à d’autres occupations. Un autre employé nous écrit (il ne peut pas parler, il a du tabac plein la bouche…) que le train que l’on veut n’a que des places en liste d’attente. On veut tenter le coup, et on nous donne donc un formulaire à remplir. On finit par se tourner vers un client à l’air sympathique qui remplir le formulaire pour nous, avec l’aide de deux jeunes qui connaissent le numéro de train que l’on veut. On sent enfin la fin venir, quand arrive le superviseur du centre, qui nous prend en charge… pour nous dire qu’il n’y a pas de place sur ce train ! Après quelques minutes de suspense, il revient en nous disant qu’il y a deux places en 1ère classe à 302 roupies sur un second train. Parfait, on prend ! On corrige le formulaire et refait la queue pour le donner à la première employée. Dans la file, deux indiens lisent ouvertement le formulaire que j’ai dans les mains. Le genre de comportement typiquement indien que je ne supporte pas (ou plus pour ce soir). Ils vont jusqu’à tendre le cou pour mieux lire… je rapproche la feuille en leur demandant si c’est plus facile à lire ainsi, ce à quoi ils ne répondent rien et continuent à lire… Puis l’un des deux me demande si j’habite en Chine. Je dois avouer que là il m’a pris par surprise, me voilà découvert ! Ils m’auront tout fait, ces indiens… « Do I look like Chinese ? ». La question fait rire une demoiselle indienne devant nous, qui a dû être autant étonnée par la question que moi je pense, mais mon « interlocuteur » reste de marbre. Quand vient notre tour, la guichetière s’avère efficace et on repart bientôt avec notre billet, sans manquer de remercier les jeunes qui nous ont aidés. « Welcome in India », nous répondent-ils… s’ils pouvaient tous être comme ça !
Soulagés de savoir qu’on sera à Varanasi demain matin, on va manger un bout dans un restaurant où une TV passe des clips Bollywood kitsch au possible (mais j’adore la musique !) et des publicités que même le micro d’une webcam auraient rendues de meilleure qualité. L’une d’elles m’amuse quand même. C’est une publicité pour un fournisseur de carrelages et accessoires pour salle de bain, et à la sonorité de la voix-off, il semblerait qu’il a vraiment enregistré dans une salle de bain ! Bon, ce n’est pas gentil de se moquer, mais on avait besoin de se détendre…
On retourne à la gare pour les quelques heures qu’il nous reste et on essaie de trouver notre quai en montant voir les affichages sur le pont au-dessus des lignes. Sur la rampe d’accès, une vue semble valoir une photo, et je fais donc une pause pour sortir mon arme du crime (les photos sont-elles autorisées dans les gares indiennes ?). Mais le crime n’est pas celui que j’aurais cru. Mon sac est vide. Du moins la place que devrait occuper mon appareil est vide. A mon propre étonnement, je prends ça très calmement. La fatalité, sans doute. Je me revois le ranger à sa place ce matin à Pokhara. Je n’en ai pas eu besoin sur le trajet bien sûr, et n’ai jamais manqué de vigilance… en tout cas jamais selon les normes non paranoïaques d’un voyageur pourtant prudent. Guillaume comprend tout aussi peu que moi. Ca tient presque du tour de magie ! Mon appareil a disparu, et je n’ai aucune idée d’où il est parti. On redescend de la rampe et retrouve par hasard le couple israélien avec qui on passe le reste de l’attente.
Notre wagon est en tête de train. Drôle de place pour une 1ère classe vu le bruit que fait la locomotive ! Mais sinon les couchettes sont bien plus larges, on n’est que quatre par compartiment et on peut avoir un minimum d’intimité en verrouillant la porte. On est placé par le « TiTi » (« TT », contrôleur de billets) avec un Anglais et un indien qui passera sa nuit au téléphone. Je m’installe sur ma couchette avec mes sacs, toujours à proximité même s’ils ne contiennent plus grand-chose à voler, et noue ma sacoche de sous au support du lit.
Le train part à l’heure : 23h10. La nuit devrait passer vite, et on se réveillera à Varanasi, qui j’espère sera aussi agréable qu’à mon premier passage.

[...] honnête. Il est temps de souffler. Même si cela ne nous a pas pris autant de temps que pour réserver un train en Inde, il était facile de sentir qu’il n’est pas si simple de ne pas savoir parler Slovaque [...]