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8 octobre
J’ai plutôt bien dormi dans le train, et d’une traite jusqu’au matin. Je me sens plus reposé qu’après nos dernières nuits à l’hôtel. Notre arrivée à New Jalpaiguri est on ne peut plus ponctuelle : 9h30. On sort du train, excités à l’idée d’être enfin dans les montagnes… que l’on aperçoit dès notre montée sur la plateforme qui mène à la sortie. Elles affichent leurs silhouettes à l’horizon, derrière quelques troupeaux de nuages. Bientôt on pourra admirer la ville depuis leurs hauteurs. Dans ce but, on descend sur l’esplanade qui sert de grand parking devant la gare, où on se fait immédiatement alpaguer par quelques chauffeurs, qui tentent de deviner où l’on va. Darjeeling est bien sûr la première destination citée, et Mirik n’est jamais mentionnée. Ca a un côté rassurant ! Au moins on devrait vraiment y être au calme. Après une petite vérification dans le Lonely Planet, on négocie un tuk tuk qui nous emmène aux départs pour la petite ville visée. Il n’y a que des jeeps collectives, mais elles ne sont pas surchargées, et confortables. On obtient une place pour 60 roupies chacun. Départ à 10h20, arrivée à 12h10. L’ascension s’est faire sans trop de chaos, étant donné l’état de la route, parfois à moitié éboulée.
Le paysage me ravi déjà. J’ai toujours été impressionné par les montagnes, pour ne pas dire intimidé. La force qui s’en dégage –force qui a été nécessaire à leur formation– me fascine. Les formes que celles-ci ont adoptées avec le temps et végétation qui s’y est installée les rendent douces à la vue, autrement plus belles que des montagnes nues où la roche, bien qu’imposante et majestueuse, reste assez crue.
Notre arrivée à Mirik se fait dans ce qu’on prend pour de la brume, mais qui est en fait un gros nuage, de passage dans le coin. On commence par trouver une chambre à la Lodge Ashirvad, où l’on est accueilli par un homme d’un certain âge. La différence avec l’Inde que l’on vient de quitter est frappante. Dans le physique, déjà. Notre hôte a un visage typé plutôt Asie du Sud-Est ou Asie Orientale, avec des traits fins et des yeux en amandes. Ensuite, ce sont ses manières et son accueil qui nous on marqués : quelle gentillesse, quel sourire ! On n’est plus vraiment en Inde, ici. D’ailleurs le Népal n’est qu’à quelques kilomètres, et il est fort possible qu’il en soit originaire. Il nous fait visiter quelques chambres, et on opte pour une avec de l’eau chaude. Ca ne sera pas du luxe vue la température ambiante !
Après s’être installés, on sort prendre un déjeuner au restaurant Samden, situé à quelques pas et que l’on avait repéré dans nos guides. Le bâtiment est très simple, tout en bois. Une unique pièce accueille quelques tables et leurs bancs. Elle a un petit air de cantine très simple, pas désagréable.
J’enjoins Guillaume à goûter des momos, des raviolis cuits à la vapeur et éventuellement frits. Ca a l’aspect des raviolis que l’on trouve chez les traiteurs chinois, mais personnellement je préfère largement la version indienne/népalaise. Ceux-ci ne dérogent pas à la règle.
De mon côté, je commande un thukpa au boeuf. C’est un peu l’équivalent du bo-bun : un bol de noodles dans un bouillon, avec des légumes et des petits morceaux de boeuf grillés. Un vrai régal !
Le propriétaire du restaurant vient parler un peu avec nous. Il s’appelle Thsering (« tstring ») et est tibétain. Il est arrivé à Mirik il y a 12 ans, mais je n’ai pas osé lui demander pourquoi. Il est très souriant. C’est vraiment agréable de se sentir beaucoup plus accueilli. Ici personne n’a essayé de nous attirer dans un hôtel, une boutique ou un restaurant ! On se sent moins oppressé, et ça met de bonne humeur ![]()
On demande à Thsering le chemin du lac autour duquel Mirik a été construite. Juste en bas de la rue, nous indique-t-il.
On se rend donc en bas de la rue, où la jeep nous a déposés un peu plus tôt, mais on est bien en peine de trouver le lac ou le chemin qui y mène. Je m’approche du bord de la route. « Regarde, il est là le lac ! ». A nos pieds on distingue en effet un peu d’eau et quelques roseaux. Mais au milieu du nuage, on ne voit pas à plus de dix mètres ! Du coup on ne distingue qu’un épais manteau blanc uniforme en face de nous, et ce n’est qu’à nos pieds que l’eau se révèle.
On se promène donc un peu, mais à l’aveuglette. On suit un chemin d’où viennent beaucoup d’écoliers, et on devine une promenade le long du lac. On finit par se poser sur un banc, un peu dépités. Si le nuage reste, on ne pourra rien faire de notre séjour ici ! Ca serait quand même dommage…
Le nuage se dissipe un peu sur notre droite, et on aperçoit une série de bâtiments jusque là totalement invisibles, à seulement 20 ou 30 mètres. Il y a principalement des magasins. On passe devant et j’essaie de trouver un nouveau pantalon, les miens étant tous (les deux…) troués à un endroit un peu gênant… Mais je ne trouve rien, et me résous donc à un peu de couture en rentrant à l’hôtel. C’est loin d’être une vocation chez moi, mais je me débrouille suffisamment pour que ça tienne un certain temps.
Durant le reste de la journée, on guette la disparition du nuage, qui n’arrivera pas. Je finis par tomber de fatigue, et m’endors jusqu’à 20h, malgré une ou deux tentatives de Guillaume de me réveiller. On part dîner. Le Samden est fermé. Seul un restaurant aux airs luxueux est encore éclairé. On y mange pour à peu près le même prix qu’à Kolkata. De retour dans notre chambre, on espère que le temps demain sera meilleur, le nuage ayant maintenant disparu. On met nos réveils à 5h, pour avoir le lever de Soleil et la fraîcheur du matin. On se couche à 23h30, après avoir regardé Madagascar. Ni Guillaume ni moi n’arrivons à nous endormir avant 1h30. A 1h, un cheval passe dans la rue en dessous de notre balcon. Ils sont nombreux à être laissés en liberté le soir, après avoir servi à quelques tours de lac dans la journée. Celui-ci fouille dans des poubelles au bout de la rue. Sa silhouette se découpe en contre-jour de l’éclairage public. Il nous voit et nous regarde.
On retourne se coucher pour de bon, avec seulement quelques heures de sommeil devant nous.
