Rajasthan #5 : Jaisalmer
photo caption intérieur d'un temple jaïn, jaisalmer

Rajasthan #5 : Jaisalmer

17 septembre

On arrive à l’hôtel vers 9h30. Je prends le temps de me doucher et de me reposer un peu, puis pars pour le fort, la plus grosse attracttion de la ville. Et il y a de quoi, il est magnifique. D’ailleurs, c’est plutôt une ville fortifiée, les forteresses délimitant les premières limites de la ville, qui s’est bien sûr largement étendue en contrebas de la colline depuis.
Avant d’ouvrir le Lonely Planet pour regarder les choses à voir, je déambule au hasard dans les toutes petites rues où se mélangent touristes, marchands, vaches et motos. Par endroits, des odeurs d’eau croupie et d’ordures en décomposition remontent jusqu’à mes narines, ravies.

La notion de propreté en Inde est très différente de la nôtre… Je ne crois pas avoir vu une seule poubelle depuis que je suis arrivé. En règle générale, des rigoles d’une dizaine de centimètres de profondeur courent le long des rues. L’eau est évacuée par ce moyen, mais aussi les papiers, emballages et autres déchets que les gens jettent dans la rue. Souvent ces rigoles sont couvertes de dalles, mais ça n’empêche pas vraiment les odeurs de passer.
Quand j’y pense, je me demande comment l’Inde pourra finir par se discipliner sur ce genre de choses. Pour n’importe qui dans la rue, c’est tout naturel de jeter ses déchets. Ils sont souvent regroupés en tas dans des coins de rues (par, je pense, les intouchables…), où les vaches viennent manger des sacs plastique et des morceaux de carton…
Combien de temps faudra-t-il, pour que ces millions de gens réalisent l’importance de ce genre de choses ? Pourquoi, aussi, n’y a-t-il pas plus d’actions de la part des autorités, comme des collectes, la construction de déchetteries… ça me dépasse un peu. A l’heure où je recopie ces lignes, je viens d’arriver à Jaipur et j’ai quelques débuts de réponses. Contrairement à tout ce que j’ai visité jusqu’ici, Jaipur est une très grande ville, très urbanisée. J’ai eu l’impression de revenir à Delhi quand on y est entré. Et, ici, des panneaux enjoignent à garder la ville propre, des grands bacs verts en métal estampillés « Use me » font office de poubelles. C’est sûrement par le biais des villes, que l’évolution se fera, que les moeurs changeront. Mais d’ici à ce que ça gagne la totalité du pays…

Bref, revenons à nos ruelles ! Je tombe rapidement sur les centres d’intérêt de la ville fortifiée : sept temples Jaïns, tous construits dans le même secteur, et communiquant plus ou moins.
Il faut payer 30 roupies pour les visiter, 70 de plus pour avoir le droit de s’y balader avec un appareil photo. Si l’on est « contrôlé » sans le reçu de la taxe pour l’appareil, l’amende annoncée est de 500 roupies ! Autant dire qu’ils ont trouvé le bon filon. Mais je ne regrette pas la dépense, et après cette visite, je m’affirme grand fan de l’art Jaïn ! Si l’art Hindou était l’art Roman, l’art Jaïn serait le Baroque. Et pourtant il y a une harmonie et une fluidité dans leurs réalisations qui m’empêchent de les qualifier de « chargées », adjectif que j’emploierais facilement pour le Baroque…
Les détails et la finesse des sculptures sont magnifiques. Tout est très géométrique, souvent symétrique. Les lignes droites côtoient les courbes plus raffinées. Les allées, encadrées de colonnes, offrent de belles perspectives.
Les temples sont organisés autour d’un autel central, accompagné d’une statue. Cet autel est logé dans la pyramide que l’on voit dépasser du temple et que l’on peut prendre pour son toit. En réalité, le reste de l’édifice est construit autour de la pyramide et ne la touche pas, créant un puits de lumière qui vient éclairer les galeries. Si mes observations ont été bonnes, ça doit ressembler à quelque chose comme ça :

Schéma temple JaïnCes deux schémas sont vraiment à prendre avec des pincettes ! Je ne les ai pas faits sur place et ils sont donc sans doute pleins d’imprécisions et d’erreurs. Mais je pense que ça donne l’idée générale.

Notamment : à l’entrée du temple (escalier visible sur la vue de dessus), l’espace est plus vaste et forme une petite salle d’où part l’escalier pour l’étage supérieur.
Je ne suis pas sûr qu’il y ait une passerelle de chaque côté de la pyramide. Qui plus est chaque temple est construit différemment et parfois la salle d’entrée est entièrement collée à la pyramide.
Dans les galeries, entre chaque paire de colonnes, se trouve une statue. Il y a même parfois une seconde galerie (voir la partie haute du schéma vu de dessus), très étroite, qui coure entre ces statues et les colonnes extérieures des galeries principales.

Entre les temples, je rencontre Arnaud et Max, qui sont avec un guide qui parle un Français parfait, dont j’avais refusé les services un peu plus tôt (je ne sais pas pourquoi, je me sens moins en confiance quand on parle et comprend ma langue…). A la fin de la journée, je les ai revus et ils avaient été franchement agacés par le côté très mercantile de la visite, à coup de détours chez des « antiquaires » qui sont en fait des vendeurs de bibelots parmi tant d’autres… j’imagine que le guide touche une commission sur les achats !
Je croise aussi Jose et Carmela, le couple espagnol. Tellement de fois que je leur propose de déjeuner ensemble. Ils ne parlent pas que très peu Anglais, donc on se débrouille comme on peut. J’ai encore beaucoup de progrès à faire en Espagnol oral :P
Mais ça se passe bien, et on continue notre journée ensemble, pour quelques heures car j’ai rendez-vous à 16h avec Sandeep. On visite l’haveli de Salim Singh, Premier Ministre d’il y a 300 ou 400 ans. Les techniques de construction de cet haveli sont des plus ingénieuses, et la visite étant guidée, j’ai beaucoup appris. Cet haveli a été la première habitation construite en dehors des murs de la ville. Etant en plein désert, l’eau était très rare. Tout a donc été bâti sans eau, sans mortier… juste avec des pierres, des agrafes de métal et du bois pour les charpentes. Pour les murs, les pierres étaient assemblées à la manière de pièces de « lego » ou de puzzle : une pierre « mâle » s’emboîtait dans une pierre « femelle », puis le tout était rendu solidaire grâce à des agrafes métalliques. Dans le même esprit, une tige métallique terminée par un anneau était enfoncé dans un bloc, tandis que l’autre était creusé pour recevoir le tout. Une fois l’anneau inséré dans la pierre femelle, la pierre mâle était tournée d’un quart de tour. L’anneau était alors désaxé du trou par lequel il était entré, et donc prisonnier de la pierre femelle.
Ainsi, toute la maison pouvait « facilement » être démontée par parties, reconstruite ou agrandie.

Le Premier Ministre, pour les fêtes, aimait les décorations à base de fleurs. Difficile d’en trouver dans le désert. Du coup il a fait décorer les arches de ses balcons de centaines de fleurs en pierre, toutes amovibles grâce à un système à baillonette identique à celui de nos vieilles ampoules électriques. Ainsi pour les cérémonies, il les faisait retirer pour le bien des décorations, et replacer par la suite.
En parlant de balcons : au dernier étage, il y en a 38 qui font le tour de la maison. Chacun possède en garde-fou ajouré avec un motif différent. En dessous de chacun d’eux, deux paons sont représentés en bas-relief. Là encore les détails des sculptures (fleurs, coupes, plumes, arches, …) varient pour chaque balcon.

Salim Singh avait 7 femmes, qui vivaient toutes dans une aile indépendante de l’haveli. Il communiquait avec elles grâce à deux balcons. Chacun s’asseyait au sien et, séparés d’une dizaine de mètres, femme et mari ne pouvaient « discuter » qu’avec les yeux ou par des gestes des mains…
Les femmes n’étaient pas autorisées à quitter l’haveli. Afin d’économiser l’eau qu’elles utilisaient, tout était recyclé au maximum :

  1. L’eau de pluie coulant sur un toit en pente servait à la douche.
  2. L’eau de douche est recueillie dans un seau de boue, qui la filtre.
  3. L’eau filtrée sert à laver les vêtements.
  4. Puis les sols.
  5. La boue, mélangée aux excréments, sert de fertilisant.

C’est à peu près tout ce que je sais sur cet haveli. Après cette visite plutôt enrichissante, on a continué de se promener un peu, puis je suis rentré me rafraîchir avant de retrouver Sandeep. Pour la fin de journée, il va m’emmener sur les sites historiques en dehors de la ville. Le patron (je crois) de l’hôtel nous prête sa Royal Enfield pour le tour. La classe ! :)
Bien sûr, pas de casque ni de vêtements de protection… c’est moins cool, mais je ne m’inquiète pas trop. Et au final on dépasse rarement les 50 ou 60km/h. C’est suffisamment rapide pour se faire mal, mais le trafic est faible et peu de monde roule plus vite que nous. Bref, c’était sympa ! Ce qui l’était moins, c’est qu’après cette journée de liberté j’ai vraiment trop l’impression d’être baladé sans savoir où je vais. Ce qui, au fond, est exactement le cas. Sandeep connaît les lieux à visiter, m’y amène, attend que je visite puis m’amène au site suivant. Ca me pèse un peu, mais je me dis que ça ne durera qu’un temps.
Dans le cimetière des Maharajas, je retrouve Max et Arnaud, qui m’expliquent leur journée avec le guide de la forteresse. Max a réussi à obtenir ce que je cherche encore : une discussion intéressante avec un commerçant ! En gros, il lui a expliqué qu’il n’en avait rien à faire de ses marchandises et qu’il était là pour entendre parler de lui. Faudra que j’essaie ça !
Malheureusement ils sont arrivés quand je m’apprêtais à partir et je ne les ai pas revus depuis… mais j’espère sincèrement que ça arrivera à Jaipur ou Agra !

D’ici là, je continue mon bonhomme de chemin. Prochaine étape : Jodhpur, la ville bleue.

7 commentaires sur “Rajasthan #5 : Jaisalmer”

ça m’a l’air bien beau tout ça :)

Brigitte BAROCHE

Bravo pour les descriptifs et la prose, tu fais toujours des photos superbes, bonne continuation
pour ton voyage, je t’embrasse Brigitte

Merci beaucoup !!
A très bientôt :)

Salut Olivier,

Je viens de rattraper mon retard dans la lecture de ta belle aventure. Ce voyage a l’air magnifique et enrichissant. Visiblement plein de belles choses à découvrir :)

La prochaine fois, je tâcherais de me planquer dans une de tes valises ^^

Bonne continuation ;)

फिर मिलेंगे (a plus tard ^^)

Désolé mais je crois que tu es trop gros pour mes valises :D
Merci pour le commentaire et pour la traduction, je ne parle pas encore Hindi ^^

A très bientôt :)

Hello Olivier!!
Waaaa! Waaa!! Comment dire… Je savais que tu prennais de belles photos… JE NE SAVAIS PAS QUE T’ECRIVAIS AUSSI BIEN!!
La lecture de toutes tes aventures a été un plaisir à lire! J’ai tout lu d’un coup et j’ai adoré! Comme un bon roman, trop hâte d’avoir la suite.
On dirait que les tracas du premier jour se sont vite dissipé avec toutes ces belles choses (et moins belles =P ).
Quoi dire à part « profite bien de ce voyage », chose que tu fais déjà ñ___ñ
Sur ce, bon courage pour la suite ;)
A très bientôt.
Kissous

Hey Kouisty :)
Ca me fait plaisir que tu sois passée par ici !! Et d’autant plus que tu aimes mes ptits recits :)

Pour les tracas en effet ca va mieux… pour le moment en tout cas ^^
Bisous à bientot !

Laisser une réponse