Rajasthan #8 : Deuxième jour à Pushkar

20 septembre

Vers 8h45, je retrouve Emma, Camilla, John et James sur le toit pour le petit déjeuner. On discute un peu, puis c’est l’heure pour eux de reprendre la route. Je retourne dans ma chambre, à nouveau seul mais content d’avoir rencontré de nouvelles têtes !

Je tente une nouvelle sortie dans Pushkar, en me jurant de n’adresser la parole qu’au moins de gens possible. A quelques dizaines de mètres de l’hôtel, une petite allée donne sur un ghat peu fréquenté. Je m’y engage et me poste en haut des marches pour prendre quelques photos. Au moment de repartir, nouvelle surprise, et pas des moindres… le zoom de mon objectif se bloque. Impossible de le rétracter complètement, la bague est bloquée. Là, je dois avouer que j’en ai vraiment, vraiment eu marre ! Se faire « avoir » avec du henné passe encore, mais perdre mon matériel photo, ça n’est pas vraiment envisageable ! Je rentre à l’hôtel où je croise Sandeep à qui j’explique le souci, puis monte dans ma chambre.

J’essaie en vain de faire sortir ce que je pense être un grain de sable. Au final, j’ai plutôt l’impression qu’une pièce du mécanisme de la bague est défaite. Sandeep me rejoint et essaie de comprendre le problème, de m’aider à trouver une solution. Puis, pour me consoler je pense, il demande à ce qu’on me change de chambre, pour une plus jolie et plus confortable. J’y reste plusieurs heures à ne rien faire d’autre que dormir, somnoler, réfléchir… Par chance, je finis par me rendre compte que je peux rentrer correctement le zoom lorsqu’il est incliné (l’appareil tourné à 90° environ). Du reste, il fonctionne parfaitement. C’est toujours ça…

Plus tard, je ressors faire un petit tour. Il y a beaucoup de monde dans la rue : c’est le début du « 9 days festival », durant lequel les Hindous fêtent Durga à grand renfort de musique et de couleurs. Mais ça n’est encore que le commencement, et je ne vois pas grand chose d’autre que la foule et quelques préparations de stands.
Cette fois, je me promène sans encombre, mais la foule est dense par endroits, et les événements précédents ne me donnent pas trop le coeur ni la patience de faire la queue pour les temples ou autres visites. Au bout d’un moment, je retourne donc dans ma chambre, et j’écris pour me changer les idées. Malgré la compagnie de Sandeep, je me sens quand même assez seul et ça ne me plaît pas plus que ça… Je commence à avoir hâte, d’une part de faire exactement ce que je veux et d’autre part, de retrouver un peu de compagnie à Kolkata, où Guillaume doit me rejoindre dans un peu moins de 15 jours.

Vers 21h je rejoins Sandeep et le patron de l’hôtel, un de ses grands amis, sur le toit. On boit quelques verres de Whisky coupé à l’eau ou au Fanta, en discutant. On finit par reparler du mariage et du système de castes. Marier quelqu’un d’une caste inférieure ça ne se fait pas, c’est mauvais pour la réputation et le mariage lui-même. L’ami de Sandeep me dit que ce système lui convient, et qu’il fonctionne. Notamment au niveau du choix de la femme par les parents. Dans l’idée, les parents savent ce qui est bien pour leurs enfants, et les mariages « libres », qui apparemment se pratiquent plus dans la caste des « business men », sont toujours malheureux.

Les mariés ne se rencontrent réellement qu’au deuxième jour de la cérémonie, si j’ai bien compris.. Avant ça ils ne se connaissent pas, ou peu. Je demande alors comment ils peuvent être heureux, doivent-ils se forcer à être heureux ? Et la réponse est oui, parfois ils doivent se forcer. Mais, m’explique Sandeep, quand les enfants arrivent en jeu, alors on oublie tout et on est vraiment heureux !
Son ami me dit enfin qu’à son mariage, après la première nuit, il n’a pas touché sa femme pendant 6 mois. Puis il a compris que, elle aussi, elle lui offrait sa vie. Depuis lors il est heureux et a trois enfants, à 34 ans.

Quant aux castes, c’est avec Sandeep que j’en ai discuté. Je ne me rappelle plus trop comment le sujet est venu, peut-être quand on parlait de la crémation des morts… Voici en tout cas ce qui en est ressorti. Il existe quatre castes, qui sont :

  • Les brahmanes
  • Les kshatriya, ou guerriers
  • Les vaishya, ou marchands
  • Les shudra, ou serviteurs

Les brahmanes et les kshatriya sont considérées comme les plus hautes castes, parfois au même niveau. En dessous de ces quatre castes sont les dalit, que nous connaissons mieux sous le doux nom de « intouchables ».
J’explique à Sandeep que je trouve ce mot choquant, et que ces « intouchables » sont des êtres humains comme les autres. Il est d’accord. Soulagement. Mais malheureusement, les gens sont encore très portés sur ce système de castes et la notion d’intouchables. C’est ce qu’il me dit, en ajoutant qu’il y a bien des choses, des travaux que je ne voudrais jamais faire, comme nettoyer les toilettes publics. A vrai dire avant même de les nettoyer, j’aurais déjà du mal à les utiliser ! Mais c’est une autre histoire… Bref, ce genre de tâches, du coup, retombe sur les « intouchables ».
Je demande alors si les « intouchables » sont et resteront toujours pauvres. Là, la réponse m’a étonné. « No, they have good wealth ». Parce que, me dit-il, le gouvernement réserve 60% des embauches pour les travaux publics aux « intouchables ». Je ne sais pas si ça équivaut à un bon salaire ou pas, à une « bonne » vie ou non… encore aujourd’hui, je ne peux séparer le mot « intouchable » de l’image d’une personne en haillons, rammassant les ordures ou faisant la manche dans les rues…
Mais quand même, il y a peut-être un espoir que les choses évoluent. Sandeep me raconte que chez lui, une femme « intouchable » vient parfois faire le ménage, ou quelque chose comme ça. Une fois, par accident, un de ses enfants a touché le vêtement de cette femme en jouant. Aussitôt leur mère les a pris à part, et a commencé à les gronder. Sandeep, attiré par le bruit, apprend ce qui s’est passé et se retourne « contre » sa femme. Pour lui, il est hors de question que ses enfants grandissent avec ces idées en tête. J’avoue que je suis content de l’apprendre ! De même que de savoir qu’il a personnellement eu, et a encore, des amis « intouchables ». D’ailleurs, j’avais mentionné qu’au moment de se marier il aimait une fille que ses parents lui refusèrent. Elle était, justement, « intouchable ».

Après toutes ces discussions, on s’est chacun bu un petit Chai (qui, selon Sandeep, aide à supporter l’alcool !) et au dodo ! Demain nous partirons pour Jaipur, mais pas trop tôt, car c’est plutôt proche.

2 commentaires sur “Rajasthan #8 : Deuxième jour à Pushkar”

ça serait bien que l’attitude et la mentalité de Sandeep se retrouve plus souvent

Ca, je ne te le fais pas dire !! :)

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