Le Taj Mahal

24 septembre

Agra, 5h30. Il fait frais dans ma chambre climatisée, et je ne m’attends pas du tout à un tel changement de température en ouvrant ma porte. Le Soleil n’est même pas levé qu’il doit déjà faire 30°C, si ce n’est plus. Moi qui pensais qu’en quittant le désert, je trouverais un climat plus doux… que nenni ! Il fait bien plus lourd, et l’atmosphère est humide.
Je marche dans les petites rues jusqu’à la porte Ouest du Taj, où une queue s’est déjà formée. Un guide me propose ses services, pour 600 roupies et quelques. J’aimerais bien, mais à ce prix-là en plus du billet d’entrée à 750 roupies… je refuse. Il me suit un moment, me dit que je dois laisser mon trépied dans un casier, tout en continuant à tenter de m’avoir comme premier client. Je fais baisser son prix à 200 roupies , mais n’accepte toujours pas et vais aux casiers. 20 roupies de plus. En revenant le guide m’aborde à nouveau. Je lui fais confirmer les 200 roupies et accepte. J’ai du mal à comprendre la logique… il aurait sans doute facilement pu trouver quelqu’un qui l’aurait payé le double !
Nous entrons dans l’enceinte du palais. Les portes Sud, Est et Ouest donnent sur une immense cour fermée, au Nord de laquelle une quatrième porte, gigantesque, donne sur le Taj Mahal. On l’aperçoit dès les premiers pas sous l’arche de la porte Nord, car il est parfaitement aligné avec celle-ci, posé au bout d’un jardin fait de verdure et de canaux. Au fur et à mesure que l’on s’approche le mausolée le mausolée se reflète dans les bassins, parachevant sa parfaite symétrie.
Et pour moi, c’est d’ailleurs cette symétrie et toute la perfection que le monument véhicule, qui est impressionnant. C’est un mélange de prouesses architecturales, de précision mathématique et d’illusions d’optique qui en font toute sa splendeur. Oui c’est un beau monument, imposant, impressionnant, mais qui en soi reste assez simple d’apparence. D’un blanc immaculé, il montre quelques motifs floraux et des inscriptions du Coran qui encadrent les portes. Seulement il ne s’agit pas de peintures mais d’incrustations de jaspe, d’onyx, de jade, de lapis lazulis… le tout si bien exécuté que le marbre blanc paraît avoir été peint. Pour ce qui est du Coran, ses 25 chapitres (je crois ?) sont entièrement retranscrits autour de la porte Nord, des quatre portes du mausolée et à l’intérieur de celui-ci. Autour des portes, nos yeux sont trompés par une première illusion d’optique : tous les caractères semblent de la même taille. Ils sont en réalité plus grand en haut des portes, afin de compenser la perspective.
J’évoquais la symétrie un peu plus haut. D’où que l’on regarde le mausolée, pourvu d’être parfaitement en face du centre d’une façade, toute la vue que l’on a (jardin et canaux inclus !) est symétrique par un axe passant au centre du bâtiment. En regardant la façade Sud (la plus connue), cet axe relie le sommet de la coupole au centre de la porte du mausolée, au centre des bassins, et au centre des portes Nord et Sud. Il en va de même pour les façades Ouest et Est. A l’Ouest a été construite une mosquée, toujours alignée avec la porte du mausolée, mais aussi avec sa réplique exacte côté Est, bâtie par souci de symétrie. En regardant le Taj Mahal à travers la porte centrale d’un de ces bâtiments et en reculant ou avançant tout en le fixant, une illusion donne l’impression que le Taj grandit ou rétrécit !
Ce ne sont que quelques exemples de toute la perfection déployée pour la construction du bâtiment… toutes les énoncer irait au-delà de mes connaissances.
Pour le côté historique, le Taj Mahal est donc un mausolée, érigé entre 1631 et 1653 par l’empereur moghol Shah Jahan, Musulman donc, pour sa deuxième épouse Mumtaz Mahal, morte en mettant son 14ème enfant au monde.

A la sortie du Taj Mahal, mon guide m’emmène à une « démonstration » d’inscustation de pierres dans du marbre. En fait de démonstration, c’est une présentation de bibelots en faux marbre incrusté… Pour prouver que c’est bien du marbre, il frotte un objet qu’il annonce comme faux sur son comptoir, ou le gratte avec son ongle. Il laisse alors une trace blanche. Ensuite il frotte un de ses bibelots, qui ne laisse aucune trace. Mais il frotte toujours une partie complètement plane de l’objet, jamais un coin ! Je gratte un éléphant en « marbre » avec mon ongle discrètement, et de la poudre me reste sous l’ongle… le vendeur m’assure qu’il ne me pousse pas à acheter, mais a du mal à me laisser partir. Il a toujours quelque chose à me montrer. Ils sont drôles. Honnêtement, je trouve ces objets du plus mauvais goût et je n’achèterais ça pour rien au monde !
Je donne ses 200 roupies au guide, et rentre à l’hôtel. Je dois quitter la chambre vers 10h et mon train est à 23h30. Comme je n’ai pas envie de perdre mon argent dans cette ville touristique aux prix exorbitants, je laisse mon sac à la réception de l’hôtel et pars chercher un peu de calme au Taj Nature Walk, un parc calme et ombragé où je passe la journée, de 11h30 à 18h au milieu des chants de perroquets et d’autres oiseaux, à lire les Histoires Extraordinaires d’Edgard Allan Poe ! Globalement, on me laisse tranquille et c’est agréable. Seul un groupe de jeunes filles a jugé amusant de me jeter un ou deux cailloux en s’éloignant, sans toutefois chercher à me toucher (ou alors elles visent mal !).

A la fermeture du parc, je retourne attendre 20h30 à la réception de l’hôtel, puis me rends à la gare. Avec le numéro du train, je trouve mon quai et y finis les explications de texte d’Histoires Extraordinaires pile à l’heure d’arrivée du train !
C’est parti. Je repère mon wagon, B2, classe sleeper 3/AC, ce qui signifie que j’ai droit à une couchette et à la climatisation. Mais je n’ai pas mon numéro de place… et il n’y a pas de personnel pour m’aider. Heureusement, je tombe sur une famille charmante, dont le mari va chercher pour moi le numéro qui se trouvait à l’autre entrée du wagon. Je m’installe alors. J’ai la chance d’avoir une couchette individuelle, le long du couloir. De l’autre côté, le wagon est découpé en compartiments de deux colonnes de trois lits. Ils ont l’air un peu plus larges, mais je ne suis pas contre un peu d’intimité.
Une fois installé comme je le peux au milieu de mes sacs, le train démarre. Et à ma grande surprise, je dors comme un bébé jusqu’au lendemain.

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