Varanasi et le Raga Café
photo caption en attendant le train pour varanasi...

Varanasi et le Raga Café

25 septembre

Il est 6h du matin quand je me réveille dans le train pour Varanasi. Ballotté par les secousses du wagon, je dors de manière irrégulière, craignant aussi de manquer l’arrêt à Varanasi. Bien que j’aie mis un réveil à 12h, 20 minutes avant l’heure d’arrivée annoncée, je saute une fois de ma couchette pour me précipiter à la porte, persuadé que l’on vient d’arriver à destination. Par la fenêtre, je ne vois que la campagne qui défile. Le train n’est même pas arrêté ! Je remonte me coucher et vérifie l’heure : 9h30…
Au final, on arrive vers 13h. Il fait chaud, lourd même. Beaucoup de monde se presse sur les quais. Je trouve la personne de l’agence de tourisme qui m’attend et nous partons vers son bureau, en compagnie de Juan, un espagnol qui lui aussi se balade en solitaire. On discute, et il m’invite à le retrouver au Raga Café vers 15h, où il a rendez-vous avec trois espagnoles rencontrées dans le train. Chouette idée !

Après un court passage au bureau de l’agence pour savoir à quel hôtel nous serons logés, on s’arrête prendre un Chai dans un petit restaurant. En sortant, le ciel s’est fortement assombri, on se croirait en fin de journée. Il ne tarde pas à pleuvoir violemment. Les nuages se déplacent à une vitesse étonnante. En quelques minutes, les rues sont inondées, les gens ont de l’eau jusqu’aux chevilles. Le chauffeur dépose Juan à son hôtel, puis m’emmène au mien, au Sud de la ville, juste à côté des ghats. Enfin, de quelques ghats, car il y en a presque une centaine le long du Gange !
J’arrive à l’hôtel vers 15h30, prends une douche et sors. Sans autre chose que mes paiers et mes sous, car j’ai envie de faire une petite « pause » photo, de découvrir la ville avec mes yeux sans être encombré. Juan m’avait dit que le Raga Café devrait être proche de mon hôtel, mais personne ne connaît ce nom. Je décide de le chercher un peu au hasard, en demandant de temps en temps à des passants. Je me rends vite compte qu’il me faudra une sacrée chance pour tomber dessus. En effet, au bord des ghats se déroule un gigantesque labyrinthe de rues toutes aussi étroites les unes que les autres. Tentaculaire, c’est le mot. J’y perds mon sens de l’orientation. Je tourne à droite, à gauche, complètement au hasard, cherchant une enseigne que je ne trouve pas. Je finis par tomber sur la rue principale, artère d’où démarre le dédale. Quelques restaurants que j’avais vus dans le Lonely Planet sont proches. J’y demande mon chemin, mais personne ne sait m’aider. Je repère alors un cyber-café, d’où je cherche rapidement sur Google. Ironie de situation : le premier et seul résultat potable pour « Ragga Café Bénarès » se trouve être le blog créé par Hélène, Cécile et Milou l’an dernier pour leur voyage !
J’appelle alors Hélène, mais elle ne saurait plus me dire l’endroit exact. Je repars avec deux informations : c’est un restaurant coréen, au bord d’un burning ghat. Mais à ce moment, je pensais que tous les ghats servaient aux crémations. Je continue donc mes recherches au hasard en marchant le long du Gange. Je tombe sur un Japonais qui était juste en face de moi dans le train. Je lui demande s’il connaît le Raga Café, et c’est un indien qui me répond. « A korean restaurant ? It’s close to Manikarnika Ghat ! ». C’est reparti ! Je n’ai pas bien saisi le nom du ghat, mais je viens de comprendre qu’il n’y a que peu de burning ghats. Je me replonge dans les petites rues, ignorant ou refusant les propositions des marchands de visiter leurs boutiques. Au passage, j’en prends plein la vue. Aux boutiques et petites habitations se mélangent des échoppes de Chai et, parfois, des petits temples colorés. Sur les murs sont peintes des indications de direction pour des restaurants, des guesthouses, des cours de Yoga… mais nulle part je ne vois de Raga Café !
Je croise des touristes à qui je repose toujours la même question, mais rien. Mince, pourtant celui-ci avait des dreds ! Je trouve enfin un indien qui connaît, et qui me redonne le nom du ghat. Cette fois je l’ai bien en tête et de rue en rue, de question en question, je trouve des indications qui me mènent sur la bonne route. Quelques minutes plus tard, je monte les escaliers du fameux restaurant coréen, en espérant que les espagnols seront toujours là. Il est 17h. Dans la petite salle couverte de paillasses fines et meublée de tables basses, se trouvent deux coréens, un indien et trois européennes.
« Excuse me, are you Spanish ? ». « Yes ! ». « Are you waiting for Juan ? ». « Yes ! » Aussi simple que ça. Je retire mes chaussures et m’installe à côté d’elles en leur expliquant la situation et que Juan m’avait invité à les rejoindre. Mais aucune nouvelle de Juan, que l’on attend jusqu’à 19h sans succès. Pendant ce temps, je fais la connaissance de Rebeca, Laura et Esperenza (« Espe »). Toutes trois travaillent dans une agence de croisières, et se sont pris des vacances en Inde, qu’elles découvrent de ville en ville.

A 19h10, on descend au burning ghat pour observer les crémations. Il fait nuit et il n’y a pas d’électricité, ce qui rend l’ambiance un peu plus mystique. Ici, les processions funèbres apportant les défunts pour être incinérés sont très régulières. Elles passent juste sous les fenêtres du Raga Café, et en deux heures on a dû en voir une bonne dizaine. Mais on ne peut pas s’approcher des bûchers, ce qui se comprend. Un indien un peu à l’écart, sur le toit d’un bâtiment vide qui surplombe le ghat. Là, il nous explique les traditions funéraires Hindous. Je n’ai pas tout retenu car c’est un peu complexe, mais voici l’essentiel : le corps est apporté sur un brancard de bambou, dans un linceul blanc recouvert de tissus colorés (orange principalement) et brodés de fils dorés. Dès son arrivée, le corps est plongé dans l’eau du Gange pour être purifié. Puis le bois pour le bûcher est apporté. La famille devra le payer au kilo, sachant qu’environ 200kg de bois sont nécessaires. Notre guide improvisé ne manquera pas de nous donner le prix exact d’un kilo de bois de banyan (250 Rps) et d’un kilo de bois de santal, plus précieux (650 Rps).
Quand le feu est prêt, on met le corps à brûler avec une poudre qui évitera les mauvaises odeurs dues aux poils et cheveux. Le corps brûle plusieurs heures. Pendant l’incinération, le crâne du défunt est brisé, pour permettre à l’âme de s’échapper. A la fin, il y a tout un rituel que je n’ai pas entièrement saisi, qui consiste à éteindre le feu avec l’eau du Gagne puis à jeter par-dessus son épaule le récipient qui y a servi (je crois). Enfin la famille part, sans regarder en arrière afin de laisser l’âme partir en paix. Quand je dis la famille, il ne s’agit que des membres masculins. Les femmes ne viennent pas à la crémation, à cause il me semble de l’action de Sati, déesse qui s’était jetée dans le bûcher de son mari décédé.
Enfin, quatre « types » de corps ne sont jamais brûlés : les enfants, car ils sont encore purs et semblables à des fleurs. Qui jèterait une fleur au feu ? Les femmes enceintes, pour la même raison. Les lépreux, car en les brûlant on libèrerait des bactéries qui infecterait la famille. Et enfin les animaux qui, eux aussi, sont considérés comme purs. Tous ces corps sont jetés dans le Gange, lestés de pierres. Quand les pierres se détachent, il arrive que les corps remontent à la surface et flottent, au gré du courant…

Forts de toutes ces informations, nous redescendons. Au premier étage, notre interlocuteur nous arrête et nous présente un prêtre. La pièce est vide, éclairée par une unique bougie au centre. Le prêtre, très maigre, n’est habillé que d’un pagne orange. Il s’assied en tailleur devant la bougie. L’autre indien nous explique qu’il faut nous présenter à lui, qu’il nous « bénira » et qu’il faudra ensuite annoncer une donation en nombre de kilos de bois, pour aider à payer les 200kg nécessaires. Pour qui, on ne sait pas. Je fais la remarque que s’il s’agit d’une donation, on ne donne que si on a envie et on donne ce qu’on veut (car un nombre de kilos implique un minimum de 250 roupies). Il le prend très mal et se fait limite menaçant, commençant à nous dire qu’il vient de passer du temps à nous expliquer beaucoup de choses… ce qu’il avait annoncé comme gratuit !
Rebeca dit qu’elle n’a pas d’argent, ce à quoi il répond qu’on peut utiliser une carte bancaire. La blague ! Avant ça, le prêtre l’avait signée au front en disant quelque chose comme « je te bénis, au nom de Dieu, … ». cherchez l’erreur…
Le peu d’Espagnol que je connais me sert à enjoindre les filles à partir et à ne rien donner, car elles semblent vouloir « régler » le conflit autour de cette donation frauduleuse. L’indien nous dit que nous ne somme pas respectueux… c’est lui qui le dit !
On s’en va sans regret, un peu retournés par l’ambiance glauque qui s’était installée.

De retour sur la rue principale, on se promène puis s’arrête au Zee Restaurant, situé sur le toit de la guesthouse du même nom, où l’on trouve un peu de calme après avoir été harcelé par nombre de conducteurs de rickshaws. Le serveur a un visage très doux, aux traits beaucoup plus orientaux qu’indiens, et il est d’une gentillesse remarquable. Il nous apprendra à la fin du repas qu’il est népalais. Ca ne m’étonne pas, et ça me donne encore plus envie d’être bientôt au Népal, pays voisin mais tellement différent !
Il me laisse un papier où il écrit :
Never
End
Peace
And
Love
C’est selon lui, la signification du nom de son pays. Je garde le papier précieusement.
Après cette bonne soirée, on rentre à nos hôtels respectifs. Je raccompagne les filles, qui ne se souviennent plus du nom exact de leur lodge. Elles ont été emmenées à la Ganga Yogi Lodge au lieu de la Yogi Lodge, entourloupe courante à Varanasi (n’est-ce pas ;) ).
Au final, la Ganga Yogi Lodge est juste à côté de mon hôtel. On s’y donne donc rendez-vous le lendemain à 10h, pour petit déjeuner ensemble avant leur vol pour Delhi.
Il est minuit quand j’arrive dans ma chambre. Je passe un heure à écrire pour tenter de rattrapper mon retard, puis me couche.

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