De Gumnachok (2700m) à Kyanjin Gompa (3870m) et retour à Goratabela (3000m)

22 octobre

Le propriétaire de la lodge m’a mal compris, et nous réveille à 5h, à grands coups frappés à notre porte, quand on pensait dormir jusqu’à 5h30. Même si j’ai eu un peu froid cette nuit, j’ai plutôt bien dormi, ce qui rend ce réveil brutal peu agréable. On nous attend pour le petit déjeuner dans la cuisine, la seule pièce un tant soit peu chauffée grâce au four en terre cuite. Il y a un bon poêle à bois dans la pièce d’à côté, mais j’imagine qu’ils ne l’allument qu’en soirée.

Le temps que tout soit prêt et que l’on mange, et le jour se lève. On reprend la route à 6h, plutôt bien reposé de notre marche d’hier. Mais on n’a pas envie de refaire autant d’effort. Toutefois, côté budget, on se rend compte qu’il serait préférable de ne passer qu’une nuit de plus dans la montagne, pour être rentré à Syafru Bensi demain et prendre le bus pour Katmandou après-demain matin. Ca sera mieux financièrement et ça nous permettra d’avoir une journée de repos avant la course pour rejoindre Varanasi à temps. Ca signifie aussi qu’on devra faire une partie du retour aujourd’hui, pour pouvoir terminer demain. On prévoit donc de monter jusqu’à la ville de Langtang, à 3400 mètres, puis de redescendre jusqu’à Goratabela ou Gumnachok si le temps le permet.
L’ascension reprend doucement mais sûrement. On adopte rapidement un rythme raisonnable pour éviter de se fatiguer trop vite. Rapidement, le paysage change. La forêt prend une nouvelle allure. Les arbres sont grands, aux branches sombres et tortueuses, d’où poussent, comme un plumage, des sortes de fougères orangées ou blanches. Avec un peu de brume et l’ambiance sonore adaptée, ça ferait une parfaite forêt hantée. La végétation au sol est plus développée et le tout me rappelle un peu les forêts norvégiennes. Puis, soudainement, on sort des sous-bois. Devant nous s’ouvre une large vallée, orientée Nord-est. A des kilomètres en face de nous s’élève Langtang Lirung, enneigé comme il se doit. Par un heureux hasard de la nature, la vallée fait devant lui un coude vers l’Est. La lumière du Soleil levant s’y engouffre et éclaire à la fois la montagne et le fond de la vallée. Notre motivation fait un bon en avant devant ce panorama magnifique. On atteint rapidement Goratabela où tout le monde semble encore dormir, puis un poste militaire où notre permis est à nouveau vérifié.
Deux heures plus tard, vers 9h, on atteint Langtang. On a quitté le fond de la vallée dans une montée qui n’a pas été trop fatigante, mais une pause n’est pas de refus. Entre temps, le paysage a encore changé. La végétation se réduit à de l’herbe au milieu de rochers, et les arbres ou buissons sont très rares. On a croisé quelques vaches en train de paître, et aussi vu un couple d’oiseaux que la longue queue me pousse à rapprocher des oiseaux de paradis, mais ça reste à vérifier.
On commande à manger dans le petit restaurant d’une guesthouse en se disant que vue l’heure, on a le temps de se reposer et de profiter des environs avant de repartir. Langtang pourrait être appelé une ville, comparé à la taille de tous les groupements de maisons qu’on a pu traverser. Ici il doit bien y avoir une cinquantaine d’habitations. Beaucoup sont des lodge, et je me demande comment ils peuvent tous vivre de cette activité. Beaucoup semblent d’ailleurs complètement inhabitées. A part une maison très laide qui a des airs de lotissement en bord de mer, toutes les maisons sont construites en pierres dans le style tibétain. Les terrains sont séparés en parcelles par des murets en pierres également.
Notre déjeuner arrive. Comme d’habitude, il s’est fait attendre… une heure semble être un minimum. Non pas que l’on soit pressé, mais mieux vaut ne pas avoir trop faim au moment de commander ! Le momo que j’ai commandé est une vraie surprise. D’habitude le plat consiste en une dizaine de raviolis tibétains de petite taille… cette fois il n’y en a qu’un, d’environ 20 centimètres de long ! Du coup il y a plus, bien plus de garniture que dans les petits, et le snack se transforme en repas.
On discute brièvement avec un sympathique père de famille français, en trek avec sa femme et ses deux filles. Cette discussion va changer le cours de notre journée, après qu’on aura expliqué notre situation et notre décision de redescendre depuis Langtang. Il nous dit, dans les grandes lignes, que c’est vraiment dommage d’être monté jusqu’à Langtang et de ne pas continuer jusqu’à Kyanjin Gompa, qui est un site magnifique. Selon lui il ne faut que trois heures, peut-être même deux seulement pour s’y rendre. Sur ce il nous laisse à nos réflexions et à notre repas. Vue l’heure, on décide que ça vaut le coup de tenter l’aller et retour jusqu’à Kyanjin Gompa, quitte à avoir une plus grosse journée demain.

On reprend donc la route vers les hauteurs, et on n’aura pas à le regretter. En chemin on dépasse les Français, avec qui on discute un peu avant de repartir. Encore une fois, le paysage change. Au loin, depuis Langtang déjà, on aperçoit des montagnes enneigées, toute une chaîne, qui doit être assez éloignée. Autour de nous le terrain prend des allures de désert. Il n’y a que de la roche, parfois de l’herbe très courte, et beaucoup de buissons épineux. Sur le chemin, on rencontre de plus en plus d’alignements de stupas assez primitifs, simples monticules de pierres dont certaines sont gravées de mantras. Tous sont parfois fusionnés en un long mur. Toujours, le chemin se dédouble autour de ces temples pour qu’on puisse en faire le tour, dans le sens des aiguilles d’une montre.
Au détour d’un versant de montagne, on traverse un grand troupeau de chevaux et de yaks. Je n’avais encore jamais vu de yak, et je pensais ça bien plus gros. Au contraire, c’est de la taille voire plus petit qu’une vache, à la constitution apparemment plus solide, plus trapue, et au poil bien plus abondant. Tout comme des vaches par contre, ils nous regardent passer paisiblement en beuglant quelques fois. On doit être les trains du coin…
Après deux heures de marche, toujours aucun indice de Kyanjin Gompa. On commence à être haut, dans les environs de 3700 mètres, et je ne sais pas si l’oxygène manque vraiment ou si c’est simplement l’effort qui gêne ma respiration. Après 30 minutes de marche supplémentaires, quand on commençait à se dire qu’on n’atteindrait jamais Kyanjin, on aperçoit un panneau en haut d’une petite colline. Le village se trouve être derrière, en contrebas, mais on reste en hauteur. La vue est exceptionnelle. Kyanjin Gompa a été construit dans un genre de cirque, autour duquel se dressent des dizaines de monts. Rien de ce qu’on a vu auparavant ne pourrait égaler ça. Où que l’on regarde on peut voir au moins un sommet enneigé, ce qui signifie au moins 5500 ou 6000 mètres d’altitude. Ce qui est étonnant, c’est qu’on a sous les yeux le mont Tsergo Ri, qui culmine à 4984 mètres (plus haut que le Mont-Blanc !) et qui, du sommet jusqu’à sa base, est d’un gris quasi uniforme. Pas une seule trace de neige. A notre altitude en France, je pense qu’on aurait besoin de polaires, gants et bonnets pour se protéger du froid… ici il vaut mieux avoir une bouteille d’eau et rester en t-shirt !

J’ai un peu la tête qui tourne, et Guillaume a mal au crâne. On pense au mal des montagnes, mais ça serait dommage de ne pas profiter un minimum à cause de ça. Aucun de nous deux ne ressent de véritable malaise, et on se pose donc un peu pour admirer le paysage et prendre quelques photos. On n’est clairement pas resté assez longtemps, ça vaudrait le coup de dormir et de se promener sur place, mais on n’a malheureusement pas le choix. On reprend donc le chemin vers Goratabela. On croise rapidement les Français, qui ne sont plus bien loin de Kyanjin Gompa. On les remercie chaleureusement pour le conseil de pousser plus loin, et on se sépare en se souhaitant bon voyage. La descente se fait bien mais pas sans effort pour autant. A Langtang, nos jambes réclament une pause, qu’on leur offre volontiers autour d’une collation.
On repart ensuite, et on arrive juste à temps à Goratabela, à 17h, 30 minutes avant la nuit. On nous offre une chambre qui sert de placard à couvertures, c’est la seule qui reste. Le lit est un lit une place large, sur lequel on nous pose un matelas deux places. On va être un peu à l’étroit, mais il n’y a pas d’alternative.
On passe la soirée dans la pièce chauffée destinée aux touristes (une autre reçoit les porteurs, et peut-être les guides), puis on se couche. Demain on partira encore à 6h, ce qui donnera tout le temps de rejoindre Syafru Bensi.

La carte montre la position de Kyanjin Gompa (très approximative). Goratabela se trouve un peu en amont de Gumnachok (voir billet précédent), et Langtang est mentionné sur Google Maps.

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