15 octobre
On part en début d’après-midi pour Patan, en taxi, histoire de ne pas se fatiguer inutilement en y allant à pieds. Comme on n’a pas déjeuné, on commence par s’arrêter dans un restaurant avec vue sur le Durbar Square. On voit principalement les toits des temples qui parsèment l’esplanade, sans ordre apparent. Après notre repas, on se fait aborder par un guide, jeune et parlant bien l’Anglais. Comme on refuse ses services, il part dans un speech nous expliquant qu’il a plein de choses à nous apprendre, que c’est dommage de visiter juste en regardant, sans rien apprendre de plus que ce que dit le Lonely Planet, etc. Il finit par abandonner…ou presque. Lorsqu’on passe proche d’un des bâtiments du palais royal, il nous voit et nous invite à entrer, sans aller plus loin. Puis, quand on sort, il me voit regarder au-dessus de la porte d’entrée, l’air sans doute interrogateur. Il nous explique alors que ce que je regarde est un intestin de buffle, tendu là lors du dernier festival. Il a gagné la partie. Il est sympathique et a manifestement beaucoup à nous dire. Pour 200 roupies, il nous fera donc une visite guidée d’environ une heure.
Il nous fait revenir en arrière, sur une terrasse, pour avoir une vue générale du Durbar Square. A gauche se trouvent les temples, vieux du 16ème au 18ème siècle, et à droite se trouve le palais royal, en grande partie en rénovation. Les deux côtés sont séparés par une route, qui fut autrefois une rivière. Le palais se découpe en trois ensembles de bâtiments. Le plus proche de nous était destiné aux bains du roi et de sa famille. Le second, où nous sommes entrés, est dédié aux cérémonies. Trois temples dédiés à Taleju, la déesse des rois, le jouxtent. Enfin le troisième ensemble, transformé en musée, constituait les appartements de la famille royale.
Dans la cour des cérémonies, Sandeep –notre guide– nous explique qu’ici sont sacrifiés des animaux pour les différents dieux. Lors du dernier festival, chaque dieu représenté sur les montants du toit du bâtiment a eu droit à son animal. Sauf Ganesh, le dieu éléphant, qui est végétarien. Cela fait donc 107 sacrifices en tout ! En nous montrant différentes statues, Sandeep nous explique que plus un dieu a de bras, plus il est puissant. Plus il a de têtes, plus il est sage. Beaucoup de gens pensent que le dieu hindou avec plusieurs bras est Shiva. C’est une idée reçue, on ne peut plus fausse. Shiva est sans doute le dieu le plus vénéré de l’hindouisme, mais chaque dieu possède de nombreuses incarnations et beaucoup son représentées avec plusieurs bras ou plusieurs têtes, voire les deux. La seule manière de nommer un dieu d’après sa représentation est, je pense, de pouvoir reconnaître sa monture et/ou ses attributs.
Comme Sandeep nous invite à poser des questions, je lui demande comment, selon l’hindouisme, les humains ont été créés. Il n’a malheureusement pas trop su me répondre, et a divergé sur la mort, m’expliquant que notre corps est fait des cinq éléments, et qu’ils doivent retourner à leur place lorsque l’on décède. C’est la raison des crémations, et aussi du rejet des cendres dans les eaux sacrées : elles permettent la dispersion des éléments nécessaire aux cycles de réincarnation.
Notre visite se poursuit et Sandeep nous amène devant l’un des plus vieux temples du Durbar Square, qui montre des figures érotiques on ne peut plus exotiques. Apparemment, elles avaient un rôle éducateur pour le peuple, qui pouvait les voir en venant prier. Le roi de l’époque voulant des sujets bien éduqués, il contourna le tabou du sexe en parant le temple de ces statues. De nombreuses sculptures mettent en scène des animaux : lion, cheval, et autres symboles de force, de courage, etc. Les positions représentées sont censées nous être venues de ces animaux, et l’homme les aurait adoptées. Mais vues certaines positions impliquant trois individus, j’en doute !
Le reste de notre tour est moins instructif, on regarde un peu plus que l’on apprend, mais ça n’en reste pas moins intéressant. Entre autres, on apprendra que les tangkas bouddhistes, peintures codifiées mêlant géométrie et scènes de vie, ont en fait la forme d’un stupa vu du dessus. Une fois qu’on le sait, ça devient flagrant, mais je n’y aurais jamais pensé !
Dans un magasin d’objets d’art en tout genre, un artisan nous montre les effets produits par un bon et grand bol chantant. En le faisant vibrer d’un coup de paume de la main, on peut diriger les vibrations le long du sternum, sur la gorge ou, en renversant le bol au-dessus de sa tête et en se tenant bien droit, tout le long de la colonne vertébrale. C’est apparemment utilisé dans certaines thérapies.
C’est après cette expérience que se termine notre visite. On paye Sandeep et lui dit au revoir. Son tour était très bon, il n’y a rien à regretter. Comme on a du temps devant nous, on refait un petit tour au milieu des temples, et j’emmène Guillaume à un stupa de taille respectable caché à une sortie de Patan, par où on était arrivé l’an dernier après s’être perdu…
On rentre ensuite à Thamel, où l’on retrouve Florence pour la soirée, que l’on passe au Funky Buddha, un bar « lounge » tranquille en plein air.
