21 octobre
Départ 6h après un petit déjeuner bienvenu. L’addition était salée… la nuit ne coûte pas grand-chose, mais la nourriture est au double voire au triple de ce à quoi on est habitué. Il va falloir faire attention aux finances, car il n’y a aucun moyen d’obtenir de l’argent frais ici.
On est les premiers de la journée à passer le poste de police à la sortie de Syafru, qui contrôle qu’on a bien payé notre permis de 1000 roupies. Après cette formalité on est libre de marcher comme bon nous semble, entre le lever et le coucher du Soleil.
Histoire de corser le trek dès le début, on commence par se tromper de chemin et se perdre. A notre décharge, et ce n’est pas de la mauvaise foi, notre carte est on ne peut plus fausse. Je trouvais déjà étrange qu’elle ne place pas Syafru Bensi du bon côté de la rivière… mais une carte est une carte, on l’a donc suivie pour démarrer. Et dès le début, elle fait prendre un chemin sur la rive droite de la rivière plutôt que la gauche. Très vite, ce chemin devient très encombré de broussailles que l’on doit écarter ou éviter, mais toujours lorsque l’on doute, un bout de chemin réapparaît et semble être bon. On guette avec anxiété l’arrivée du pont censé nous mener de l’autre côté de la rivière. Au bout d’un moment, un guide nous aperçoit depuis l’autre rive et nous fait signe de revenir en arrière. C’est ce qu’on finit par faire, pour retourner au premier pont que la carte dit ne pas être sur la route du trek. Il est 9h, on a perdu 3h dans les broussailles qui nous ont fatigués, mouillés et, pour ma part, un peu découragé. Mais on ne s’accorde qu’une courte pause et on repart à un bon rythme. Il faut absolument qu’on se rapproche un maximum de l’étape qu’on avait prévu d’atteindre ce soir.
On rattrape très rapidement quelques groupes de trekkeurs, ce qui nous rassure sur notre rythme car ils ont l’intention de s’arrêter tout juste avant la lodge que l’on vise. Au bout de 2h30, on fait deux constats : premièrement, le deuxième pont qu’on était censé prendre selon la carte quand on était dans les broussailles, n’existe pas ! Qu’il en manque sur la carte ça se comprend, mais qu’il y en ait en trop me semble inconcevable. Deuxièmement, on est « déjà » arrivé à la Bamboo Lodge, bien plus loin que ce qu’on aurait pensé atteindre en 2h30. C’est plutôt une bonne nouvelle qui nous encourage à penser qu’on pourra pousser jusqu’à Goratabela dans la journée.
On déjeune à Bamboo Lodge et, en étudiant un peu la carte, on relativise nos ambitions. Bamboo Lodge est à environ 1970 mètres d’altitude. On vient donc, en 2h30, de monter de 300 mètres. Goratabela, en distance, est un peu plus loin de Bamboo Lodge que ne l’est Syafru Bensi, mais se trouve à 3000 mètres d’altitude. Ce qui fait un dénivelé de 1000 mètres sur une distance à peine plus longue. La deuxième partie de la journée va être physique ! On retient la possibilité de s’arrêter à Gumnachok, à 2700 mètres d’altitude environ.
Le déjeuner, pourtant léger, nous coûte plus de 400 roupies. Pour économiser le prix des bouteilles d’eau (80 roupies contre 15 à Katmandou), on purifie de l’eau de montagne. Mais il va sérieusement falloir étudier la question de l’argent pour ne pas se retrouver coincé.
On repart vers 12h30. Au bout de 20 minutes, on traverse à nouveau la rivière pour reprendre un chemin qui monte, monte, monte… sans jamais descendre significativement. L’ascension est harassante. On double des Sherpas qui portent peut-être trois ou quatre fois le poids de nos sacs… je me demande encore comment c’est physiquement possible. On se repose régulièrement, sans se laisser trop le temps de refroidir. Chaque partie de mon corps est endolorie, et plus particulièrement mes jambes, mon dos et ma cage thoracique. Les montés sont très régulièrement en escaliers faits de grosses pierres plutôt qu’en lacets… il n’y a rien de plus fatigant pour les jambes ! On monte les marches une à une, doucement mais sûrement. Je cherche le chemin le plus long entre deux marches, pour avoir à forcer un minimum sur mes genoux. Je ne peux plus inspirer profondément sans, paradoxalement, perdre mon souffle. J’ai l’impression que ma cage thoracique fait pression sur mes poumons.
Au bout d’un moment pourtant, la douleur quitte mes jambes, comme si le coin ne lui plaisait plus… je ne m’en plains pas. Je me demande si, comme la faim, la douleur peut atteindre un seuil qui la fait disparaître… si oui, elle reviendra sans doute à la charge. Et c’est ce qui arrive, dans une moindre mesure, mais Guillaume tout comme moi commence à n’en vraiment plus pouvoir. On est à Gumnachok, 2700 mètres, il est 16h. Au prix d’un gros effort on pourrait probablement rejoindre Goratabela avant 17h30, mais on décide d’en rester là pour aujourd’hui. La petite famille qui tient la lodge est charmante, et le cadre tout autant. Non loin, on entend la rivière gronder. Tout au long du trajet, on est rarement monté bien au-dessus de son lit, qui a creusé la vallée que l’on remonte. Elle la dévale avec une force incroyable, et ça a été l’attraction principale de toute cette journée… car le paysage n’est sinon pas fabuleux, jusque là. Ca peut donner l’impression que je suis blasé, mais ça n’est pourtant pas le cas. Tout le chemin se fait à flanc de montagne, dans une forêt très proche en apparence de ce qu’on peut trouver en France, si ce n’est que les espèces diffèrent. On a vu quelques belles montagnes, oui, mais rien encore de plus impressionnant que les alpes. Cependant depuis Gumnachok, on aperçoit des monts enneigés, le mont Langtang Lirung je pense, qui culmine à 7246 mètres. C’est une vue bien moins commune, et j’espère que demain on obtiendra une meilleure vue encore !
En attendant, après avoir fait sécher nos vêtements, pris une bonne douche chaude au seau et mangé, on se couche vers 20h, dans une nuit glaciale.
La carte montre la position approximative de Gumnachok.

Nota : mes commentaires sur la beauté « banale » du paysage sur cette première journée sont à relativiser avec la vitesse et la fatigue de notre marche…